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Rasha Salti sur Sobhi al-Zobaidi
Indiens rouges, verts, noirs et blancs (Red, Green, Black and White Indians)

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Sobhi al-Zobaidi, Red, Green, Black and White Indians,
Camera : International Solidarity Movement (ISM) Video by : Sobhi al-Zobaidi 2007

Réflexions sur Indiens rouges, verts, noirs et blancs, une vidéo de Sobhi al-Zobaidi

Bien des choses ont été écrites et dites sur l’effet démocratisant de la diffusion et de la disponibilité croissantes des technologies vidéo digitales sur la production, mais peut-être pas assez sur son impact dans le monde arabe. D’une part, des hommes et des femmes qui, il y a dix ou quinze ans, n’auraient jamais rêvé devenir cinéastes ou vidéastes, ont pu faire valoir leurs droits dans ces domaines. D’autre part, les coûts allégés et remarquablement bas de la production ont permis de produire, mais aussi d’acquérir un degré non négligeable d’indépendance par rapport à des structures telles que le marché et le soutien public pour les arts. Cette indépendance matérielle a souvent inspiré une liberté immatérielle et créative. Les histoires respectives de l’art vidéo et de la vidéo comme substitut de film diffèrent légèrement, et de plus en plus avec le temps. Je ne souhaite m’attarder sur aucune des deux ici. Nous en sommes au début de cette révolution des modes de production », et davantage de temps doit passer avant que la profondeur ou l’échelle de son impact ne puissent être pleinement évaluées. En général, les textes qui ont tenté de comprendre les implications de l’impact démocratisant de ces technologies n’ont réussi que des diagnostics superficiels, peut-être parce qu’il est prématuré et difficile de reculer d’un pas et de réfléchir, mais surtout parce qu’ils échouent presque systématiquement à ancrer leur soi-disant analyse (ou soliloque) dans un contexte politique et socioéconomique, et à situer la pratique de la fabrication des images et de la narration dans le paysage visuel plus global.
Je ne suis moi-même pas encore capable de saisir comment les vidéos digitales sont en train de changer la manière dont la représentation, la narration, l’action politique et la subversion trouvent leur expression. Je ne suis pas non plus capable de saisir toutes les implications d’archives telles que YouTube, Google Video – ou toute autre possibilité qu’offre Internet en termes de stockage et de diffusion de vidéos – sur notre imaginaire politique, artistique et visuel, et sur la manière dont nous écrivons notre moment historique, le représentons ou nous y situons. Avant de m’étendre sur ce que je peux dire avec une certaine certitude, je voudrais exprimer mon aversion pour les acclamations trop faciles du « nouveau », bien que je sois consciente d’avoir usé librement des termes « nouveau » et « révolution » dans les paragraphes précédents. Cette période postmoderne que nous vivons aujourd’hui semble hélas ne pas s’être repentie des exaltations euphoriques face à tout ce qui est « nouveau » ou « sans précédent », ce qui trahit, au mieux, une tendance anhistorique perverse, et au pire une réduction au silence et un effacement de la connaissance de l’histoire. En d’autres termes, je ne sais pas vraiment comment le fait de faire de courtes vidéos subversives, provocatrices ou interpelantes et de les montrer dans des sphères telles que la Toile mondiale sont radicalement différents, en tant qu’actes artistiques et politiques, du fait de faire des affiches dans le même esprit et de les placarder sur les murs de la ville il y a cent ans ou plus. Les ingrédients principaux semblent être là : amener à la visibilité ce qui est séquestré et policé dans l’invisibilité, donner une voix à ce qui est réduit au silence, inverser des métaphores et saper les fondements des discours officiels ou dominants.
La caméra vidéo digitale (conventionnelle ou intégrée au téléphone portable) est assez disponible matériellement aujourd’hui pour que nous puissions comparer ce moment historique à celui, il y a soixante-dix ou soixante ans (dépendamment du degré d’abondance économique ou de bien-être du pays), qui a vu les appareils photographiques devenir une production de masse mise sur le marché à des prix relativement abordables – autrement dit, lorsque les « gens ordinaires », cette classe moyenne si précieuse, évanescente et autrefois solide, possédaient les moyens de « représenter » leurs propres vies, leurs familles et leurs histoires privées. Les caméras super-8 ont sans doute été les premières à jouer le rôle que tiennent à présent les caméras vidéo.
Indiens rouges, verts, noirs et blancs a été réalisé par le célèbre cinéaste palestinien Sobhi al-Zobaidi en 2007. Il y filme une manifestation contre la confiscation systématique par l’armée israélienne de la terre palestinienne – manifestation organisée par des villageois et des activistes habillés comme des Amérindiens. Al-Zobaidi choisit de les filmer en usant d’un effet technique simulant le vieux style en noir et blanc des archives des anthropologues et explorateurs qui filmaient les tribus indigènes et les autochtones aux confins des territoires colonisés, avant que leur terre ne leur soit confisquée et usurpée et ses richesses sondées. Le recours à l’effet passé n’est pas continu, il y a des ruptures, les protestataires apparaissent aussi en couleur, comme ils sont en réalité. Les manifestations palestiniennes sont à présent systématiquement filmées tant par les activistes eux-mêmes que par l’armée israélienne. Leurs traces peuvent être facilement retrouvées, de part et d’autre. Par la manipulation des images, la vidéo d’al-Zobaidi n’est plus un documentaire en soi (bien que le commentaire qu’il en fait sur son site web duquel la vidéo peut être téléchargée semble l’affirmer), elle devient une œuvre éminemment artistique autant qu’un acte politique, ajoutant une couche à l’évocation métaphorique visée par les manifestants qui s’étaient habillés en Amérindiens.
L’évocation métaphorique des Amérindiens et de l’usurpation de leur terre par les colons européens a grand cours en Palestine, à cause d’un poème de feu Mahmoud Darwiche (le poète le plus célèbre de Palestine), intitulé « Discours du Peau-Rouge ». Le poète emprunte la voix d’un Amérindien confronté à la violence traumatisante de la conquête, du triomphe et de la dépossession, et dresse un parallèle avec l’expérience palestinienne. Il apostrophe une figure de Colomb en ces termes : « Retourne sur tes pas, étranger / cherche les Indes une fois de plus ! » Dans son dernier film, Notre musique, Jean-Luc Godard met en scène un personnage amérindien errant dans les ruines de la bibliothèque détruite de Sarajevo. Le film montre aussi une interview de Mahmoud Darwiche. Autrement dit, le parallèle dressé dans le poème a pris place dans l’imaginaire poétique et visuel des gens ordinaires. Les activistes palestiniens se le sont appropriés, il a trouvé un usage politique immédiat et une nouveau cours. Et sa réappropriation par al-Zobaidi donne un nouvel élan à son utilisation tant artistique que politique.
À ce stade, je ne peux que rester dans l’anecdote, mais cette vidéo très courte intrigue et inspire des questions. Pour conclure, dans ce moment historique et politique du monde arabe qui porte le poids d’une fin de règne, les pratiques artistiques, et spécialement la vidéo, semblent véhiculer parfois un acte politique profondément astucieux et puissant. C’est là que l’imaginaire semble n’être ni somnolant, ni conciliant, ni lâche. here the imaginary seems neither somnolent, conciliatory or cowardly.
Rasha Salti


Rasha Salti (lives and works between Beirut and New York) Rasha Salti is an independent curator and writer who, since 2005, has been Creative Director of CinemaEast, a biennial of recent films from North Africa and the Middle East and their diasporas. Salti has collaborated on projects including the first Lebanese film and video festival in postwar Lebanon Image-Quest (with Moukhtar Kocache, Beirut, 1995) and Home Works : A Forum on Cultural Practices (Beirut, 2003, 2005, and 2008). In 2006, she curated a touring retrospective of Syrian cinema, and edited and translated a volume on the same subject to coincide with the exhibition, titled Insights into Syrian Cinema : Essays and Conversations with Filmmakers. Salti has also written extensively in Arabic and English, both about artistic practice and political commentary, in such publications as MERIP (US), Art Journal (US), and NAQD (Algeria).

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